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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 11:39

La fille qui avait peur de son ombre

1.

 

La fille marchait, elle avançait. Mais elle faisait attention aux tournures que prenait son ombre.

Elle avançait un pas, puis un autre.

Petits pas après petits pas.

Elle avait peur quand son ombre la dépassait, et amplifiait ses mouvements. Cela l’impressionnait.

Elle n’aimait pas sentir son ombre bouger, elle se disait que celle-ci lui préparait un mauvais coup.

Son ombre s’apparentait à un miroir qui n’avait pas d’yeux.

Elle restituait ses actions.

Personne ne savait son secret à propos de son ombre. Personne ne savait qu’elle avait une peur bleue de son ombre.

 

Elle avait peur que son ombre se détache d’elle, prenne son envol, devienne une autre personne. Une personne séparée d’elle.

Alors elle vérifiait bien dans ces moments-là, que son ombre faisait exactement les mêmes gestes qu’elle. Et quand il y avait une différence, entre ses gestes et ceux de son ombre, elle essayait de comprendre pourquoi : y avait-il plus de soleil, y avait-il un muret, un arbre, une voiture stationnée, quelque chose qui faisait obstacle à son ombre ?

Elle se morfondait alors.

Les gigotements de son ombre lui faisaient peur.

Pourtant celle-ci lui était fondamentalement rattachée.

Son ombre était-elle tout à fait elle ? Était-elle une autre elle-même ? Ou bien était-elle une autre qu’elle-même ?

 

Parfois, elle en avait assez d’être constamment poursuivie par son ombre et elle désirait la semer...

La fille courait très vite, très très vite. Mais elle n’arrivait pas à semer son ombre. Elle sautait en l’air, très haut, très très haut, mais son ombre suivait le mouvement, tranquillement. Elle retombait toujours sous ses pattes.

Alors elle dansait remuait bougeait les bras, tapait des pieds, mais l’ombre la suivait, inlassablement.

 

Parfois le soleil agrandissait son ombre, celle-ci devenait immense. Elle avait peur alors. Son ombre allait-elle lui sauter dessus, l’engloutir, l’assassiner ?

Non, elle n’était pas sereine.

 

Elle voyait son ombre la devancer sur le chemin, et elle la jalousait. Pourquoi celle-ci avait-elle de l’avance sur elle ? Pourquoi cette mécréante pourrait rencontrer l’ami avec qui elle avait un rendez-vous avant elle ?

D’autres fois, son ombre restait en arrière, et elle la jalousait aussi : celle-ci restait tranquille derrière elle tandis qu’elle aurait à rencontrer les yeux d’un ami que soudain elle n’était plus sûre de vouloir voir.

Cela l’effrayait, toute cette agitation, tout ce mouvement autour d’elle.

Cela l’effrayait de pouvoir être vue. Alors elle se mit à regarder son ombre quand elle parlait à son voisin, monsieur Mamadou, un voyant africain.

Elle voyait alors son ombre se déployer à mesure qu’elle parlait. Quand elle levait la main, son ombre faisait de même. C’était insoutenable, son ombre qui gesticulait sous elle, elle en avait le tournis. Elle ne regardait plus monsieur Mamadou mais elle-même, en son ombre ; elle était comme hypnotisée, elle ne pouvait plus écouter monsieur Mamadou, elle disait oui oui de la tête et son ombre faisait alors oui oui de la tête, et c’est cela qu’elle voyait. Puis elle essayait de ne plus la voir, de l’oublier. C’était horrible de sentir qu’elle sortait aussi de l’extérieur. Cela l’effrayait de sentir que son corps se scindait en deux, d’avoir l’impression d’être moitié elle-même, moitié son ombre.

Elle voulait faire plaisir à monsieur Mamadou. Elle acquiesçait de la tête à ce qu’il lui disait. C’était un vieux célibataire. Il devait bien avoir cinq ans de plus qu’elle. Cela faisait dix ans qu’il avait perdu sa femme dans un terrible accident de voiture.

 

La fille voulait être acceptée. Elle continuait, autant qu’elle le pouvait, à parler à monsieur Mamadou.

Son ombre évoluait, le vertige prenait la fille. La fille qui avait peur de son ombre.

 

Parfois, elle aurait voulu s’évanouir et disparaître dans son ombre. Elle aurait voulu que son ombre la remplace devant les autres. Elle jouait si bien son rôle, son ombre. Elle trouvait que son ombre était une bien meilleure maîtresse de maison qu’elle : elle était beaucoup plus amène avec sa façon d’enlacer les gens, par derrière. Par derrière elle. Elle était beaucoup plus cordiale qu’elle.

La fille se mit à envier son ombre, son aisance en société. Sa qualité de mouvement et cette façon qu’elle avait parfois de pouvoir se déployer. Son ombre était plus vivante qu’elle.

Son ombre était plus consistante qu’elle. Il valait mieux avoir à faire à son ombre qu’à elle. Les personnes à qui elle parlait souriaient, beaucoup plus contents depuis que c’était son ombre qui tenait le beau rôle apparemment. Elle se dit que c’était déjà ça : les gens aimaient son ombre.

La fille qui avait peur de son ombre commença à s’attacher à elle. Elle faisait quand même tout le boulot avec les gens qu’elle rencontrait. Elle les embrassait à foison. Les enlaçait. Épousait même parfois leur ombre ou leur corps lui-même.

Elle décida d’apprivoiser son ombre. De la câliner. De lui faire faire du sport.

 

Elle courait dans la campagne et son ombre jouait à cache-cache avec elle. « Je vais te sculpter un beau corps » dit-elle à son ombre. Elle levait alors les bras et son ombre levait les bras en même temps qu’elle. En signe d’assentiment et de victoire.

Elle disait : « Je vais te donner à manger un mets succulent, tu m’en diras des nouvelles ». Et elle se régalait et elle faisait un petit geste de la main, que son ombre, à sa façon, parfois en tout petit parfois en bien grand, reproduisait.

Elle ne parlait plus à Monsieur Mamadou, sauf pour lui dire le bonjour de convenance entre voisins.

 

Elle ne voyait plus son frère Gontrand. C’était ainsi. Elle ne voyait plus sa nièce Lina. Il fallait s’y résoudre. La mort de ses parents était passée par là.

 

Elle voulait que son ombre soit la plus belle des ombres, la plus mince, la plus jolie, la plus sociable. Elle se donnait beaucoup de mal. Elle mit des robes, alla chez le coiffeur, souriait afin qu’on puisse prendre son ombre dans les bras. Elle se disait : « J’espère bien que je vais être récompensée pour tous mes efforts et que mon ombre va voir et comprendre que je ne lui veux pas de mal. » Elle se disait, à part elle : « J’espère que du coup mon ombre ne voudra pas me faire de mal ».

Elle dansait, elle dansait pour son ombre. Elle ne la quittait plus d’une semelle. Elle était toujours étonnée des formes parfois étranges que prenait son ombre. Elle y voyait des déclarations d’amour.

Elle avait de longs conciliabules avec son ombre.

Cela la rassurait d’avoir une confidente qui la suivait partout et faisait les mêmes gestes qu’elle.

Elle était deux face aux autres. Elles étaient deux face aux autres.

 

Mais un jour elle se sentit tourmentée : son ombre ne pouvait pas lui parler. Son ombre ne pouvait pas la conseiller. Son ombre ne pouvait pas s’attendrir sur ses malheurs ou s’extasier sur ses bonheurs.

Elle ne pouvait pas rire.

Parfois elle aurait voulu partager une anecdote croustillante, un passant qui avait glissé dans la rue et qui avait poussé un juron du tonnerre de Dieu, un secret que mademoiselle Chrys la fleuriste son amie, lui avait confié, comme tous les dimanche soirs, au téléphone – car elle ne pouvait plus voir Mademoiselle Chrys : il y avait beaucoup trop de néons dans son magasin. Et elle commença à ressentir une grande colère contre son ombre qui lui laissait faire tant de choses et qui en faisait elle, finalement, si peu.

 

La fille qui avait peur de son ombre, et qui, depuis quelque temps, ne parvenait plus à dormir, parvint à s’endormir ce soir-là. Elle oublia son ombre. Juste une nuit.

Le matin fut un jour nouveau. Son ombre lui était devenue étrangère. La fille se sentit très mal. Il fallait absolument qu'elle trouve une solution.

Elle se dit qu’il fallait qu’elle redevienne amie avec son ombre car subir une telle étrangeté à côté d’elle la mettait pour le moins mal à l’aise. C’était douloureux d’avoir une étrangère à ses côtés. Elle ferma les yeux...

Elle prit des résolutions. Elle voulait trouver une solution.

Elle décida de se cacher de son ombre.

Elle courait, se cachait derrière les arbres pour ne pas que son ombre la voie, se cachait derrière les voitures, se cachait chez le primeur derrière le pilier planté au milieu du magasin. Elle veillait à ce que le soleil soit toujours devant elle, afin de ne pas voir son ombre, même si elle sentait drôlement sa présence et que ça lui donnait une sacrée frousse.

Enfin, elle décida de ne plus sortir que les nuits et les jours sans soleil, quand celui-ci était caché. Tel un chat elle courait par les rues. Elle vagabondait. Elle voyageait dans sa ville.

La nuit et les jours sans soleil. Donc.

Quand son ombre ne la suivait plus, ne la devançait plus, ne la matait plus. Ainsi, la fille qui avait peur de son ombre ne laissait plus de trace d’elle. Sur le sol. Pas de marque de son passage. Elle était juste elle, tranquille face au regard des autres.

Elle n’avait pas sous les yeux la trace de son corps.

Mais tout allait de mal en pis.

Ses amis s’étonnaient. Monsieur Mamadou qui ne la voyait plus dans les couloirs aux heures habituelles commença à l’espionner. Que faisait sa voisine de ses journées ?

 

Elle vivait dans le noir absolu de son appartement. Elle ne voulait pas subir la présence de son ombre à ses côtés alors elle avait fermé les volets, complètement. Elle marchait à tâtons dans son T1 et s’habituait à cela, à tout cela. Elle s’habitua à l’obscurité. Bientôt elle ne fit plus que rarement ses courses. Elle dépérissait.

 

Elle ne voyait plus personne.

Ni Mademoiselle Chrys la fleuriste son amie qui lui offrait si souvent des orchidées, avant. Celle-ci l’appelait sur son téléphone mais la fille n’avait désormais même plus la force de converser.

Ni Monsieur Mamadou son voisin avec qui elle adorait jouer au Mah-Jong, avant. Elle appréciait alors ces moments d’échange passés autour de ce jeu de stratégie aux origines chinoises qui les passionnait.

Ni sa petite nièce Lina, la fille de son frère, Gontrand. Elle s’était fâchée avec celui-ci, pour de bêtes questions d’héritage.

Leurs parents étaient décédés à peu de jours d’intervalle cela faisait un an déjà et elle avait beaucoup souffert de leur perte. Elle était si proche d’eux. C’est peu de temps après leur décès qu’elle avait commencé à avoir peur de son ombre.

 

Ce qui s’ensuivit avec son frère n’avait rien arrangé. Elle avait été intraitable lors de la répartition des biens.

Son frère, lui, avait été irrespectueux. Ils s’étaient disputés comme jamais.

Puis ils avaient décidé d’un commun accord de ne plus se parler, de ne plus se voir, de ne plus rien avoir à faire l’un avec l’autre. Pourtant ils habitaient la même ville.

Elle ne pouvait donc plus voir sa nièce Lina, qui avait dix ans et qu’elle adorait.

Elle se rendit compte que toute cette histoire la minait. Elle aurait voulu encore s’amuser avec sa petite nièce, la cajoler, lui raconter des histoires, la promener dans la ville, lui servir le thé avec la dînette qu’elle conservait juste pour elle, sa petite nièce chérie.

Elle était de plus en plus triste.

Elle fuyait les gens. Elle se fuyait. Elle fuyait son ombre.

Celle-ci était trop vivante.

Beaucoup trop pour son âme vide. Morte. Statufiée. Depuis qu’elle avait perdu ses chers parents.

 

Un jour qu’elle se baladait en rase campagne, et abordait un joli petit bois de nuit, elle aperçut un bout d’ombre d’elle qui la dépassait.

Elle décida de tuer son ombre.

Elle s’allongea pour la mater. La mater et la tuer.

 

Toute une nuit s’écoula, une nuit longue, longue comme un long chemin sinueux…

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 11:37

 

 

2.

Mais le lendemain elle ne put se lever.

Ni le surlendemain.

Ni le lendemain du surlendemain.

Des insectes commencèrent à lui grimper dessus. Les animaux s’approchèrent d’elle et la reniflèrent.

Elle restait inerte.

Et quel repos !

Elle ne voyait plus son ombre dédoubler sa personne, et elle n’était plus regardée, ni elle et certainement plus son ombre.

Mais elle voyait le ciel.

Elle se plongeait dedans.

Et ces nuages qui passaient avec leurs formes si saugrenues.

Les nuages passaient et passait le temps.

Une année s’écoula. Le lierre l’enserra.

Deux années passèrent. Elle avait faim. Elle avait maigri. Peu importait…

Bientôt elle ne respirerait plus.

Mais elle était en paix.

Trois années passèrent : de la mousse se faufila sur elle.

Elle ferma les yeux. Elle était bien. Une statue.

Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même.

Une larme coula.

Juste une.

Elle ouvrit alors grand la bouche, inspirant l’air avec force, avec l’impression que cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas respiré vraiment.
L’air pénétra ses poumons. Ses poumons se gonflèrent.

Elle sentit des fourmillements dans tout son corps. Elle sentit son corps vivre de l’intérieur.

Ses pieds étaient comme électrisés. Elle tira un peu sur ses liens, ce lierre qui l’enserrait.

Le lierre lui faisait une peau-cadenas.

L’automne arriva. Ce lierre s’effrita.
Elle devint toute sale. Cette saleté l’habilla.

L’hiver sonna. La neige la recouvrit. Son blanc manteau la réfrigéra.

Elle trembla.

Une deuxième larme coula.

Le soleil brilla. Il brilla fort. Il brûla son œil. Il était trop perçant.

Elle ne voulait pas fermer les yeux. Baisser le regard.

Mais au bout d’une lutte acharnée, elle dut s’y résoudre.

Le soleil avait gagné. Il était trop puissant.

Ses yeux se fermèrent.

L’extérieur tout entier était devenu son ennemi.

Il ne lui restait plus que son intérieur.

Ses pensée voguèrent, voguèrent.

 

Tout à coup elle entendit une voix : « Tata, tata ! »

 

Elle ne savait plus si elle rêvait ou si c’était la réalité. Elle pensa à Lina mais elle n’osa pas ouvrir ses yeux.

Elle décida de les laisser fermés.

Elle sentit son cœur battre.

Le printemps arriva.

Un oiseau se nicha sur sa tête. Ses serres l’enserrèrent.

Il picora son visage. Elle était devenue une statue, une vraie de vraie.

 

Un garde-forestier passa. Il enleva la terre qui s’était entassée sur son corps devenu immobile.

Statue elle était devenue. Statue elle resterait. Yeux fermés. Un peu anesthésiée. Seul le vent caressait sa peau et ses cheveux qui restaient de marbre.

L’homme avait transporté la statue dans sa fourgonnette et l’avait posée dans la forêt devant un château. Il la mit sur un piédestal.

Un peu de lierre l’entourait toujours.

Le garde-forestier était très fier de sa trouvaille.

Il mira ce qu’il considérait comme une statue.

La mira.

La mira.

La contempla.

L’enlaça.

L’embrassa.

Il l’embrassa par un baiser sur la bouche.

Elle ouvrit les yeux.

Devant elle un homme au doux regard rieur lui souriait. Surpris de voir la statue vivante.

Elle lui rendit son baiser.

Il faisait un bon paravent au soleil.

 

Avec lui, elle n’avait plus peur. Elle se réveilla petit à petit. Il faut dire qu’il était aux petits soins.

Il lui faisait prendre le bain, lui brossait les cheveux, lui préparait à manger. Toujours de bons petits plats, toujours.

Son petit cœur battit la chamade.

Elle lui donna la main.

Elle ne regardait pas plus loin que ses pieds quand ils se baladaient vers la plage attenante au château. Ainsi elle se protégeait.

Un jour qu’ils étaient dans l’eau ils se retrouvèrent enchevêtrés.

Elle laissa son corps enfler. Son ventre gonfler.

Elle nagea dans l’eau.

Un petit garçon naquit.

Il faisait des bulles avec sa bouche.

Elle découvrit avec ravissement un océan dans les yeux de son enfant. Elle s’y retrouva.

Elle s’endormit, son enfant lové contre elle.

Elle ressuscita.

Elle entendit « tata ! Tata ! » encore une fois.

Elle ouvrit les yeux.

Son enfant remua s’agita et fila loin loin. Elle réalisa alors qu’il avait une ombre différente d’elle. Elle courut derrière lui. Mais il cria : « Lina ! »

Il avait reconnu sa cousine.

Elle courut derrière son fils et tomba dans les bras de Lina qui n’avait pas changé. Elle était toujours la même petite fille qui avait besoin d’elle.

 

Une larme coula dans les yeux de Lina.

Son enfant-eau, aux yeux océan s’évapora. Puis il se transforma en petite fleur qui germa dans son ventre, comme un trésor bien enfoui en elle.

Son homme garde-forestier devint le plus bel arbre de la forêt. Elle revint souvent l’enlacer en rêve. Il lui transmettait alors sa force.

 

Elle rouvrit les yeux, mais bien grand à présent.

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 11:29

3.

Devant sa porte d’entrée elle trouva une petite fille qui pleurait et qui disait son prénom avec insistance. Il y avait aussi son frère Gontrand. Manifestement quelqu’un l’avait prévenu qu’elle ne sortait pratiquement plus et que ça ne tournait plus rond. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et se demandèrent pardon.

Puis Lina se serra contre elle. Celle-ci sentit son odeur, goûta à ses larmes, la tint contre son cœur.

 

« Tata Nathalie ! » dit la petite qui pleura à chaudes larmes.

 

Nathalie se leva, plus haute que toutes les ombres du Monde.

 

Elle avait quelqu’un à protéger. Mais vraiment, pour de vrai de vrai de vrai.
Nathalie entoura Lina de ses bras et la lova contre son corps et son ombre prit elle aussi Lina tout tout contre elle.

Nathalie se sentit utile.

Nathalie n’était plus partagée : elle n’avait plus à prendre son ombre pour une proie. Ni à prendre la proie pour l’ombre.

Nathalie regarda devant elle.

Il y avait Lina qui prononçait son nom.

Elles allaient de concert, l’une et l’autre.

Une symphonie s’écrivit au Je singulier… Je n’ai plus honte d’exister, plus peur d’exister. Je ne contrôle pas tout et c’est très bien.

J’ai le droit de m’extraire, de fermer les yeux, de regarder à l’intérieur : peut-être parfois est-ce plus beau ?

J’ai le droit d’aimer

et de me sentir exister

dans les yeux d’un enfant qui me voit. Et qui n’a pas peur de moi.

Je n’ai plus peur de moi.

Nathalie et Lina marchèrent et marchèrent sur le chemin de la forêt, de la rue, de la ville et des bois.

Elles allèrent dire bonjour à Monsieur Mamadou, qui offrit un caramel à Lina. Nathalie lui dit merci. Cela faisait des lustres qu’ils ne s’étaient pas regardés. Monsieur Mamadou lui dit en riant : « Je le savais que vous iriez mieux, mademoiselle Nathalie !!! Je l’ai vu dans le marc de café » et ses yeux lancèrent des éclairs de joie, ainsi qu’une petite étincelle de quelque chose d’autre et qui plut à Nathalie.

Puis, elle allèrent toutes les deux acheter des fleurs à mademoiselle Chrys. Celle-ci accueillit Nathalie et sa nièce à bras ouverts. Elle cria, s’exclama, fit un raffut du tonnerre de Dieu et Nathalie devint cramoisie. Mademoiselle Chrys jura ses grands dieux qu’elle avait été à deux doigts de faire fracturer la porte de Nathalie.

Nathalie et Lina cheminèrent main dans la main et leurs jambes se balancèrent et leurs bras battirent le rythme.

Et leurs ombres suivirent le mouvement.

Un rire fuse soudain et s’extrait de ce balancement de métronome.

C’est la vie.

 

FIN

 

 

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 18:20

« Bravo ! Champagne ! » disent les amis.

Lara se retourne et compte les amis autour d’elle.

Elle tourne et tourne et retourne les yeux autour.

Elle voit beaucoup de monde autour d’elle.

 

Elle compte, elle compte, elle compte.

 

Elle compte. Les gens sont souriants.

 

Ils sourient. Elle se sent mieux.

 

Elle chante à qui mieux-mieux.

 

Elle compte les gens qui l’entourent. Et ferme les yeux.

 

Elle se laisse couler. Elle tombe. BAM !

 

Ça fait un gros bruit dans la danse.

Ça fait un énorme PATATRAS. Un rafut du tonnerre de Dieu.

Elle se laisse couler.

 

Demain elle ferme-ra les yeux.

 

Puis elle les ouvrira enfin.

Sur la misère. La pauvreté. Les erreurs qui sont en fait des ouvertures. Des chances.

 

Elle ouvrira ses fautes, ses erreurs, ses péchés. Comme on ouvre une huître pour mieux la déguster.

 

Elle acceptera ses fautes, ses erreurs, ses péchés.

 

Lara déguste l’huître. Elle se faufile dans la bête. La bête humaine.

 

Lara est rouge, rouge de honte.

Puis elle savoure. L’huître est salée.

Un petit air marin.

 

Lara ferme les yeux et les rouvre sur le monde qui l’entoure.

Les petits jouent à créer un beau château de sable. Sur la plage de septembre.

 

 

« Bravo ! » crie la foule en délire.

 

Lara esquisse une danse. Une danse endiablée.

 

Boulou Boulou Boulou. PAM PAM PIM PAM.

 

Ziou.

 

L’huître fait un raffut du tonnerre, dans son ventre.

 

Ça swingue sec, en profondeur.

 

Lara sourit. Elle soupire. Elle expire un soupir de soulagement.

 

De dégoût un peu aussi.

 

Lara est collante. Elle est si collante. Attention !

Elle peut coller aux baskes.

 

Elle a des nausées. L’huître. Les fautes, les erreurs, les péchés.

La honte bue et avalée.

 

La culpabilité, Miss Culpa lui crie :

 

« Lara ! Danse ! Danse ! Danse ! N’aie pas honte de ton corps, n’aie pas honte de tes fautes ! Bouge ta vie ! Remue les bras, les jambes. Remue ton derrière ! »

 

Un relent d’huître l’étrangle. À la gorge.

 

Elle est surprise. Elle n’y croit plus, déjà.

 

 

Elle en ressort grandie.

 

 

 

Lara vit. Vivante ombre des mers. Surgit.

Rougit. Rugit. Sourit.

 

Lara engouffre le café, pour faire passer l’huître et elle respire, dehors. Elle refera surface. Un jour. Bientôt.

 

« Bravo Lara ! » lui crie Miss Culpa. « Tu nous fais un bel entremet ! »

 

Lara vomit son quatre heures.

 

Elle va fumer dehors.

 

Lara a tort. Elle est retort.

 

Lara s’en sort.

 

Lara en dort.

 

Point. Fini ? Fin.

 

Les amis…

Soupirer ensemble sous la pluie.

 

Voilà. Voili.

 

S’engouffrer sous la pluie.

 

Et s’ouvrir.

 

 

Lara dit MERCI à ses amis.

 

 

Merci !

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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 21:03

J’écris : Je ne suis pas seule à écrire.

 

 

J’écris.

 

 

Alléluia !

Vive la vie. Qui fait un peu parfois RESSUSCITER !

 

Ce soleil qui TAPE. Qui COGNE. Qui bataille avec notre sommeil.

 

J’écris. Parfois LA VIE transpire par tous les pores de la peau. Et on rit. Et on vit.

 

On soupire d’exultation. On éructe. On en pète de joie.

 

Je cherche un lieu de VIE. Un lieu de PARTAGE. Un lieu où on a le droit, où on peut être soi-même.

 

Parfois, on a si soif d’avancer qu’on en oublie de RESPIRER.

Et on prépare le thé pour les autres. On prépare. On est bien.

 

J’écris. Je sens mes pieds qui touchent le sol dur doux et un peu froid.

 

La vie c’est un brouhaha parfois.

C’est un boucan.
C’est un bordel. La vie peut être bruyante parfois.

Elle peut être piquante.

 

Parfois, on est sous le choc, d’avoir perdu un ami cher.

Et on ne le réalise pas bien.

 

Et on est poussé vers la vie qui dé-meurt. Mieux : qui ressuscite.

 

J’écris que je ne sais pas bien quoi écrire.

 

J’ai envie de profiter de la vie, qui bouge.

 

Une petite fille m’offre des fleurs. Et plein de sourires.

 

Je re-crois en la vie.

 

Parfois, le ciel est beau, bleu et sans nuages.

 

Parfois, ça tape. Ça tape. Mais pour de BEAU.

 

J’écris je suis amoureuse.

 

J’écris la vie distille son parfum enchanteur dans mes veines.

 

J’écris : la vie vaut d’être vécue.

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10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 14:55

Je me perds dans le bleu de tes yeux

Orage.

Je me noie dans l'absinthe amoureux

Rage.

 

Succube oragé outragé. En-soleillé.

Soleil. Parti. Fourragé. Amianté.

Soleil, partir. L'avenir est heureux.

 

La vieille dame déambule dans les rues.

Elégant papillon, parfaite dans sa personne.

La paix l'habite. Ou tout du moins, semble l'habiter.

"Je t'aime" dit-elle aux autres, aux passants qu'elle croise.

Une dame âgée, pardessus gris souris - chaussures un peu montantes et vernies, le sourire aux lèvres. Cheveux blancs, belle coupe.

Une dame sourit aux gens. Une dame âgée sourit.

Tout au fond, il grince.

 

Et son mari, parti. Parti trop tôt. Enfui.

La vieille dame sourit aux gens, et ça grince.

 

On me propose du thé. Il faut bien boire son thé, avant que ça ne s'évapore.

 

La vieille dame a un chien. Elle l'a surnommé "Le toutou".

 

Ca grince.

Un jour de mai, il s'est enfui. Il a pris la poudre d'escampette. Qui? Mais son mari.

Un jour de juin il est revenu. Dans leur logis. Son mari.

Un jour de juillet c'était fini.

Il était mort à la vie.

 

Elle s'entraîne, elle s'entraîne dans la rue à sourire.

A sourire aux passants.

 

elle s'entraîne à AIMER, mais combien de ratés.

Combien d'avions en l'air.

Combien d'avions coupés.

 

Elle s'entraîne à l'aimer, mais elle ne s'en sort pas.

 

Le thé c'est bon et ça rassérène.

Le thé c'est bon et ça coupe la chique.

Le thé c'est BEAU ça rend plus chic.

Le thé c'est bien, c'est un oasis de liens.

 

La dame élégante retourne,

Retourne dans la rue.

La dame élégante se sent à poil, toute nue.

La dame élégante sourit à la rue.

Elle rugit, élégante

Rrrrrrrugit, sous le charme

La dame élégante, sourit, ingénue.

 

Le fil se casse et tire.

Saura-t-elle l'aimer, malgré toutes ses errances.

L'avion fait un piqué!

Il se scratche sur le palmier.

Il grince et puis il tire!

Il est sau-vé!

 

La vieille dame avance de son pas discret.

une fillette rigole, l'embrasse à son "je t'aime" lancé dans un sourire.

 

la fillette l'enlace. Puis s'enfuit. dans la nuit.

 

Le soleil est SOUDAIN. Comme une éclaircie. Pour surgir dans la rue. Pour rugir toute nue.

 

Elle rabat son imper sur le haut de son torse.

Elle se rhabille pour l'hiver.

une petite fille chantonne dans la vie.

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 01:18

Sentir les soupirs du vent

Admirer le soleil qui fond dans la nature

Ecouter l'enfant babiller ronronnant

Et rire cristallin, soleil dans la vie

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 01:12

Souveraine sauvage la nature au printemps

Evoque ses ramages dans les longs silences blancs

Le rouge au loin culmine et retourne le sang

Ainsi, je m'achemine aux confins des enfants

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 22:47

Je me réveillai dans la nuit. Il devait être quatre heures du matin. J’avais regardé mon réveil qui accusait une dizaine de minutes de retard.

Le vide. Le noir. L’absolu silence. Seule une brutale lumière verte indiquant la sortie. Je ne savais pas sortir. Je ne voulais pas sortir. Je ne voulais pas m’en aller. Mais contempler. Seule. Là. Ici.

La lune se délimitant dans la nuit noire par un doux croissant. La lune osseuse. La lune odieuse. La lune lumineuse comme un soleil d’été recouvert par la pluie.

Je n’avais pas rêvé. Je ne rêvais pas. La lune me souriait. La lune semblait me sourire. Je l’admirai. Assise devant la fenêtre, les jambes croisées, le dos courbé, vers la vie ; vers l’extérieur.

Je n’étais pas capable de sortir. Mais tendue vers la sortie. Tendue vers la lune réjouissante, avec sa douce lumière diffuse. Le noir du ciel n’était pas vraiment noir. Il était plutôt bleu sombre. Bleu profond. Bleu gris. Bleu ombré. Bleu ombrageux. Bleu orage. Bleu profond, oui. Bleu comme la mer quand elle est orageuse. Et je rêvais.

Je rêvais d’elfes, de lutins, de douces sorcières, de fantaisistes fées. Et bien au chaud dans ma chambre dont la température était agréablement tempérée, je rêvais devant le monde de la nuit.

La douceur de ce moment. La solitude de ce moment. Tout concourrait à me rendre heureuse.

C’était comme retrouver un doux chemin d’enfance, un émerveillement tranquille. Oui. Osé. Un émerveillement tranquille que j’osais.

J’y vis un clin d’oeil de mamie Mauricette.

Oui. Un clin d’oeil de ma Reine.
Dans cette douce nuit qui s’offrait à moi.

Dans ce bras de fer avec moi-même à la clinique Saint-Martin. Avec mes démons. Avec mon passé. Je trouvais un réconfort jamais égalé. Mis à part les moments, de plus en plus fréquents où je peignais. Je retrouvais la paix que j’éprouvais alors en appliquant l’aquarelle sur la feuille récalcitrante puis amie. Etrangère, puis confidente.

Dans cette nuit offerte, c’était la même sensation. Comme une reconnexion. Avec l’essentiel. Avec ma muse amie. Avec mon autre, mon étrangère. Ma douce Reine. Enveloppée dans la douceur des doux yeux de la lune.

Mamie Mauricette qui me souriait. Qui osait me sourire. Je contemplai la lumière diffuse du croissant de lune et émue par tant de calme, d’accalmie, d’harmonie, je me laissais aller et une larme coula. Puis une multitude de larmes apaisantes.

C’est alors que je revis naître en pensée, le visage interrogateur de ma mamie, qui me regardait qui enveloppait mon âme de son doux regard de passion. Et je me souvins que je l’aimais et que je l’avais toujours aimée. Ma douce. Ma sereine. Ma Reine.

Ma sœur. Mon âme, sœur. Et je lui dis au revoir. Je fermai les yeux. Quand je les rouvris, son image s’estompait dans le sombre de mes pensées. Elle semblait vouloir partir, comme une image qui perd en substance.

Je fermai les yeux. Je n’avais plus peur. Désormais je savais qu’en un instant, dans des conditions favorables, peut-être similaires pour commencer, je pouvais invoquer le doux regard de ma mamie. Je savais qu’elle n’était pas éteinte. Qu’il suffisait d’un croissant de lune par une nuit calme et contenue dans une solitude bienvenue, pour que je me souvienne. Cela me fit du bien.

Il me suffisait d’ouvrir les yeux sur le monde qui m’entourait. Et de peindre mes souvenirs. Les rêver du moins.

J’étais bien.


 


 

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 10:10

A la porte de ton coeur
A la porte de ton corps
Je me situe
À la porte de l'erreur
A la porte du malheur
C'est sans issue
Sous le joug de ton été
Sous le joug du verbe aimer
Sans autre issue
Que l'ardeur de tes baisers
Sous laquelle je me noie
Mon corps à nu

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